Samedi 7 juin 2008

A l’aube des croire encore,     
Au prélat de nos amours intranquilles  
La vie, ses jours mornes et ses heures de clarté           
Quand on voudrait écrire encore         
Encore autre chose, encore mieux       
Quand on voudrait être encore
Encore autre chose, encore mieux       
Que le temps passe et que l’on v
ieillit  
Que l’on fatigue et que l’on grandit      
Rien à redire, mais tout à refaire…

A l’aube des croire encore,     
Savoir aimer, accepter de savoir         
Eponger les larmes du manque
Revoir un visage dont on a oublié les traits      
l’impossibilité de l’amour, de deuil inaccompli 
De l’ivresse au pardon, mille mots pour un crime.

On croit toujours qu’on oublie,
qu’hier ne se conjugue qu’à l’imparfait
D’un passé composé de ne plus être conditionnel        
On croit encore qu’on oublie   
Et la larme est le passé qui s’écrit au présent.

Au manquement des mes amours,       
Le deuil hivernal et la perte d’un enfant
Puis un amour entre ange et passion.

Loin la fleur bleue, reste un peu de romantisme désabusé        
Loin l’adolescente qui concevait la durée de l’amour sur celle de la vie
Loin les illusions d’un cœur d’artichaut toujours là       
Encore là, quand on voudrait être encore autre chose, encore mieux que soi   
Loin les pleines espérances et l’insouciance d’avoir du temps à, du temps pour,          
De l’optimisme inconscient et la force de la jeunesse.

Pourtant être vieux est toujours être encore jeune,       
Il est parfois temps, quand on croit tout à refaire,        
Quand le soleil se prélasse sur les ombres plongées dans l’oubli          
Quand on a tourné les pages un peu vite, on découvre un lieu à méditer.         
Un rayon de lumière sur de la poussière          

Comme autant de matière dans ce que l’on croyait vide

 

….Percevoir le sens d’un non-lieu dépend parfois de sa seule perspective….

Ecrire pour remplir le vide, décloisonnements des chagrins    
Ouvrir un tiroir de la commode de la fuite : prendre le risque que tout s’échappe         

Constat : dans une larme, il y a trois jours de mensonges à soi-même  
Autant de bonheur pour l’autre, et l’aperçu du manque à venir.

par Fanny S. publié dans : réflexions poétiques communauté : Au fil des mots
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Lundi 2 juin 2008

Retenu à un fil, l'insomnie me sert de toile. Peindre, encore et encore, comme pour jeter les ponts d'une couleur à une autre. Faire redevenir lumière le noir d'une nuit blanche.

Rivée à mon rythme éveillé, apeuré, le milieu de la nuit a sonné et le sommeil semble encore loin. J'ai erré, comme une ombre. Je me suis fui ces derniers mois, accaparé par le travail. Cela arrange toujours. L'accalmie est revenue et je n'ai plus de prétextes. Alors j'ai erré comme une âme en peine. J'ai travaillé pour oublier que je devais faire face. J'ai échoué et laissé les pages blanches. Juste parce qu'il le fallait.   
Je suis l'araignée accroché au fil de sa vie dans le noir des peurs. J'ai fermé les portes de la pièce, je sais qu'il le faut. Que je me cogne un peu. Que j'accepte la douleur. Pour ouvrir à nouveau les rideaux et la fenêtre. Je ne suis pas perdue. Je sens la lumière. Je me sens bien. Habité de tristesse et de sérénité. Ce n'est pas si grave. C'est la vie qui continue.

Retenu à un fil, l'insomnie me sert de toile. Peindre, encore et encore, comme pour jeter les ponts d'une couleur à une autre. Faire redevenir lumière le noir d'une nuit blanche.

Tic tac tic tac, le temps qui passe. pfffffff le sablier qui se vide.
Ma semaine a été errance et j'ai vogué sur l'océan avec le mal de mer. Le tic tac de l'horloge a failli me rendre fou. J'ai eu peur de tomber dans le vide. Je me suis accroché aux aiguilles aimantée et je suis de métal. Maintenant je vis, rivée à des tic tac entre mon cœur et le temps. J'ai des vertiges et le mal de cœur. Distendu entre les fils et le vide. Les portes sont fermées je n'ai que la nuit pour prendre le bon chemin. La trêve des travaux est terminée. Je ne peux plus faire comme si.       
Je me dois de regarder dans ce tourbillon, ficelé aux aiguilles des amours. Cloué au centre d'une horloge. Tout tourne, je me perds dans le vertige. Je vais dormir. Peut-être.

Retenu à un fil, l'insomnie me sert de toile. Peindre, encore et encore, comme pour jeter les ponts d'une couleur à une autre. Faire redevenir lumière le noir d'une nuit blanche.

D'errance en errance, d'aventure en aventure. La douleur se tait peut-être ou peut-être plus, qu'en sais-je vraiment. Je ne sais plus son silence. Je ne sens que ces cris. Les dérivés d'opiacés ne lui vont pas, ils lui sont des amants provisoires.
Peindre, je peins. Je dessine, je souris, je repense, je revis. J'ai peur, mais j'avance. Je fais ce qu'il doit être fait. Un jour je vivrai bien. Défait de ces peurs, habitué à la bombe que je porte en moi qui n'a ni détonateur, ni télécommande. Mon courage c'est mon seul moyen de la désamorcer. La vie le met à l'épreuve. Le renforce. C'est là que l'errance entre en ligne de compte. Errer c'est chanter la ritournelle pour oublier la peur. Ecrire c'est trouver de nouvelles paroles pour ne pas oublier qu'il n'y a que la peur qui empêche réellement de vivre. 
L'insomnie canalise l'errance. Elle est la musique pour les mots. Elle tait le silence. Recentre le temps. Tic ploup pfff tac pfff ploup : tout se mélange, sous l'effet de la chaleur. Le dérivé d'opiacé fait son effet. La douleur c'est l'insomnie. L'insomnie génère la ritournelle. La ritournelle fait oublier que la douleur est un signe de finitude. Elle nous donne le courage d'en faire un signe de vie, une sensation. L'opiacé fera l'accalmie. La douleur m'a permis de me cogner contre les murs, de travailler au deuil d'une vie indolore.           
Un jour, on trouvera peut-être comment éviter la chimie.  L'homme ne sait plus s'en passer s'il ne veut pas passer le jour suivant encore pire. En attendant elle n'est que le dernier recours d'une nuit qui commence à quatre heures du matin. Etre humain, c'est connaître l'imperfection, l'effort et le travail pour se rendre meilleur. La douleur est une limite parmi d'autres. Celle du corps. Mon sport quotidien est de dépasser ces contraintes. Le bonheur c'est aussi cela.

Retenu à un fil, l'insomnie me sert de toile. Peindre, encore et encore, comme pour jeter les ponts d'une couleur à une autre. Faire redevenir lumière le noir d'une nuit blanche.

Au réveil j'aurais oublié la douleur le manque de sommeil peut-être. J'aurai les paroles d'une ritournelle et une nouvelle toile blanche à peindre avec l'arrière plan sensible de pleinitude. Il n'y avait pas rien dans ma nuit blanche : pleine de papillons et de fées, j'ai rêvé la nuit colorée. Le blanc, le noir ne sont pas des couleurs. Ce sont toutes les couleurs.

De la douleur à la folie, de la folie au génie, il n'y a parfois qu'un pas : celui de l'artiste.

 

 

 

par Fanny S. publié dans : textes de création en prose communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Jeudi 15 mai 2008
Un peu de sentiments
Au point de ne pas vouloir en rêver
Au coin des malentendus vites rattrapés
Au regard des rencontres
Du temps passé
De l'envie de tenter
Du désir de construire
De l'intime et du partage

Un peu de sentiments
Encore petits, encore gardés,
Le plus purement dans le réel
Au point de ne pas vouloir écrire
Pour ne pas le faire mentir
Ni en égratigner la beauté
Par des mots qui ne diront jamais assez bien
Qui ne seront jamais en adéquation
Avec ce qui se vit,
loin de la plume, et près du coeur.


Fanny S. Tous droits réservés.
par Fanny S. publié dans : Textes de création en vers communauté : L'âme du poète
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Jeudi 1 mai 2008

Impro piano, mars 2008.



tous droits réservés.

 


par Fanny S. publié dans : impro musique communauté : L'écriture dans tous ses états
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Dimanche 13 avril 2008


De la poudre tombée de vos mains
De l'éclat de vos regards à la musique des sourires
Des couleurs de nos demains, des tout de nos riens
Des lapsus du temps que nos liens en ligne de mire
Des idéaux en réalités, des travaux de titans
Des cheminements menus aux longues traversées
Des tempêtes aux soleils de belles journées
Des calmes étés aux yeux d'ouragans

De la poudre tombée de vos mains
De l'essence d'humain, des beautés d'êtres
Des mélodies de voix aux arpèges du temps
Tout passe, tout reste, tout bouge, rien n'est vraiment traître
Restent toujours des présences, des lumières d'âme
Des longueurs aux moments d'éternités, les instants
Des reflets de bonheur, la brillance des flammes
Des passions aux simples et sobres reconnaissances
Des êtres du hasard qui jamais ne ment
Des miroirs aux altérités des rencontres en essences

Données sans poudre aux yeux, des êtres
De l'authenticité de tous ces liens généreux
Dans des pleins et les déliés en sourires
Dans les présences des omnis aux rares
Des simples connaissances aux longues amitiés
Il n'en existe pas de petites.

Distillées au quotidien, comme la suprise du temps
La poudre tombées de vos mains sur mon âme
C'est de l'or sur mon coeur.

 

par Fanny S. publié dans : Textes de création en vers communauté : Au fil des mots
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Lundi 31 mars 2008

Cela en vaut-il la peine ?

Prendre autant de risques

Est-ce que cela en vaut la peine ?

De toutes les questions qu'on se pose avant de faire un pas

De toutes ces heures pour si peu

Toutes cette énergie pour des illusions

Se couvrir de pacotille, s'habiller de faux semblant

Croire en la circovonlution des temporalités

Penser que le temps est encore à nous

Cela en vaut-il la peine ?

Prendre autant de risques

Dis, est-ce que cela en vaut la peine ?

Pour un homme qui ne t'a jamais aimée

Pour des êtres qui n'ont fait que passer

Pour une trace qu'on ne laissera jamais

L'existence, en vaut-elle la peine de tous ces pesants ?

Pour l'un et l'autre des côtés de la balance

Les surcis et les rappels à l'ordre

la douleurs et les souffrances

et l'envie d'en mordre à pleine dent

Cela en vaut-il la peine ?

La question qu'on se pose, sans se la poser vraiment

Dis, est-ce que cela en vaut vraiment la peine ?

quoi, la vie ?

Non, la question...

La vie vaut la question mais la question ne vaut pas la vie

On le sait bien.

Que le temps n'est qu'une illusion

on le sait bien,

que le bonheur fait son temps.

On y croit bien

que rien n'est moins excellent et pourtant...

Quoi qu'on se cogne contre les parois

Quoi qu'on ignore de tous ces secrets

Quoi qu'on use comme ruse pour les percer

On sait qu'il n'y a rien de mieux

Au delà des pourquoi, des comment et de tous les paradoxes

Que la vie et l'existance.

Oui, rien de mieux.       

18.03.08 Comme d'habitude, tous droits réservés Fanny S.

par Fanny S. publié dans : Textes de création en vers communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Lundi 10 mars 2008

Loin de nous l'amour fou des premières années
Les enfants ont grandi, la tendresse s'est fanée
Et pourtant, pas si loins nos deux mains liées
Et les alliances à nos doigts, d'elles-mêmes, se sont ôtées.


Je ne croirai plus aux lendemains
Si tu nous les fais toujours creux   
Comme au coeur d'une vague sans mer
Ce qu'il y aurait entre nos mains.

Et puis tous ces matins
Que tu te souhaites solitaires
Bien loins de nos deux mains
Sur les flots de l'amer

Tu préfères faire le tour de la terre,
Loin des ères de nos deux corps
Pars, alors... Pars, faire le tour du monde
Je n'irai pas, même si je t'y vois encore.

Je t'ai écrit hier, une lettre pour les absences de demain
J'ai cacheté l'enveloppe, l'ai déposée ce matin
Déliés de nos vies, nous voilà séparés
Par les signatures au bas des feuillets.

Loin de nous l'amour fou des premières années
Les enfants ont grandi, la tendresse s'est fanée
Et pourtant, pas si loins nos deux mains liées
Et les alliances à nos doigts, d'elles-mêmes, se sont ôtées.

Tu crois que les mauvaises tendresses ont vent d'habitude...
Pour surprendre un ancien regard, un air de jeunesse
Le contour d'une de nos rues, l'esquice de nos amours
Nous somme tous un peu d'Orphée, capable de croire à se retourner un jour.

Tente, invite moi à dîner,  séduis-moi comme au premier rendez-vous
Oublie que je t'ai appartenue, comme si ...  je ne te suis pas acquise
Oublie tout ce que tu pensais savoir,  tes certitudes que rien de brise
Pense légèreté et moins de sérieux : un peu plus sage, un peu moins fou

Loin de nous l'amour jeune et grave des premières années
Les enfants ont grandi, la tendresse s'est fanée
Et pourtant, pas si loins nos deux mains liées
Et les alliances à nos doigts, d'elles-mêmes, se sont ôtées.

par Fanny S. publié dans : Textes de création en vers communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mercredi 5 mars 2008

Impro piano

Fanny S. tous droits réservés.

je manque encore d'entraînement pour la qualité du son.

par Fanny S. publié dans : impro musique communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Vendredi 29 février 2008

Aujourd'hui, on ne se dit plus croyant,
Ou alors tout en patience, tout en nuance
Tout en soufflant,  tout en doutant
De ces instances qui restent en souffrances
Dans ces salles, on les attend, on les entend
Dans les cris dans les pleurs et les silences
Dans les bruits, les cliquetis qu'on entreprend
Pour remplir le vide, des épreuves et des nuisances

Aujourd'hui, on ne se dit plus croyant,
On s'avoue plutôt athée, sans verdure,  en bienséance

Et pourtant, on pourrait se surpendre à prier n'importe où
Dans les  moment de grâce on remercie  n'importe qui n'importe quoi
Comme un fou
Perdrait la foi
Dans la cellule de son  errance

On ne sait plus même faire acte de prière
De tous les mystères de la terre.
par Fanny S. publié dans : Textes de création en vers communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Mardi 12 février 2008

Nue

A peau nue, c’est ainsi que la plume me rend. Sous les regards qui lisent ces pages, une forme d’intime projeté se dévoile. Je n’ai plus peur de cela. Avant, peut-être. Mais avant je ne savais pas. Ni le goût des inconvenances. Ni ce qu’était la différence entre l’être et l’étant. Ni qu’il y a plusieurs « je ». Ni qu’il était possible de s’aimer soi-même. Juste un peu, juste simplement. Ni que cela pouvait apporter une forme de sérénité. Je suis comme je suis, dans ma vie, nue pour certains et cadenassés pour d’autres. Je connais mes défauts. Il y en a certains que je cultive et d’autres que je tente d’abandonner sur les limites de ma personnalité. Mais je reste comme je suis. On n’évolue qu’en acceptant d’être critiquable. Imparfait. Mes qualités, je les vois, pour la plupart, mais je ne leur fais pas confiance. Il y a un juste milieu entre la fausse modestie et l’inconfiance en soi. Et je n’oscille pas trop loin du milieu, mais juste pour autant. Comme une pendule, qui sonne rarement. Les heures de mon monde intérieures sont loin du temps que l’on connaît. L’organisation détraquée de mon corps. Les pendules de mes cœurs. Unisson musical ou canard symphonique. Je suis paradoxalement nue sous mon regard. L’exigence à soi, vaut souvent la témérité du sportif.

Toutes les semaines, ou presque, je m’entraîne dans un bassin. Dans les vestiaires, je me dénude petit à petit. Ici, aucune seconde peau n’est réellement tolérée. Aucun faux semblant possible, car tout trafic sera décelé. Ici l’eau c’est l’inconscient. Je nage dans un bureau. Peu avant, dans la salle d’attente j’ai revêtu mon maillot de bain. L’exprès pour l’occasion. Il semble avoir un écarteur, il ouvre mes cadenas à la pince et distancie les parois. Les empêche de se refermer pendant ces vingt petites minutes hebdomadaires, où je viens déposer mon âme sur la table. Ou plutôt entre nos deux fauteuils. Parfois, peut-être s’échappe-t-elle. Elle s’en va dormir un moment sur le canapé. Une séance pour rien, pourrait-on dire. Mais l’âme n’est pas fugueuse sans raison. Même ses parcours, ses origines, ne peuvent plus se parer de l’artifice du corps. Je suis devenue sportive. Dans le mental. La nudité faisait mal. Mais à force, elle n’est plus électrique. Elle devient compréhensive. La pudeur s’efface. Il n’y a plus de système de défense. On peut la disséquer. Elle ne réagit plus au scalpel. Elle se sent bien d’être étudiée. Cette sensation ôte la douleur : elle sait que c’est pour son bien-être. Elle se soigne. Déshabillée de ses procédés, elle se guérit d’elle-même. Et je suis bien d’accord : « le je n’est jamais malade »…

Pourtant la chute fut rude, tombée des nues ce n’est pas rien. C’est comme cette naïveté que l’on se créé comme pour mieux vivre la lucidité. Sauf que les nues étaient vraies. Tomber sur terre, c’est un peu dur. C’est un peu comme tomber dans une marmite, dont les bords nous semblent inatteignables. Nous sommes cuisinés, assaisonnés à coup de sociétal, puis servis accompagné d’une sauce d’éducation. Le tout dans un joli moule d’idées forgées. Tomber des nues c’est se cogner contre les bords. Perdre les nuages de vue. Ne compter qu’avec l’absence de ciel. De ce fameux ciel dont tout le monde nous parle, à l’enfance, où tout le monde se retrouve à la mort. On nous dit tellement que c’est beau le paradis… et que quand les gens meurent ils y vont, dans les nuages. On nous dit aussi qu’il y a l’enfer. La douleur, le rachat. Toute cette culture judéo-chrétienne, qui me semble souvent crétine d’être prise à la lettre. Toute philosophie, religion ne s’illustre – ne se raisonne – que par des contes de fées. Le prince, la princesse, le gentil, le méchant, le paradis, l’enfer, la balance, le jour du jugement dernier. Et s’ils savaient – les enfants – qu’il y a plus beau que des fictions qui donnent des règles à la vie. Il y a les lires. Puis il y a lire le réel. Dans toutes sa splendeur. Dans sa nudité. Des nues au nu : l’indomptable beauté du quotidien. L’indéfinissable idéal de sobriété.

Au pied de la lettre, il faut y voir un alphabet. Tout, dans l’intellectuel est proche d’elle. La lettre n’a qu’une forme. Et seule, elle est nue comme un trait. Ce qui fait votre rapport à la nudité c’est votre rapport au monde. A vous-même, et au mot. Rien à redire à cela. Je vous parle d’un de mes « je » nue. Mais je ne vous en parle pas. En fait, rien que le procédé de l’écriture rend factice. Il mue le nu, en l’habillant de tes tournures. Et à la fois il déshabille et vous donne à lire un nu dédoublé que je ne souhaite pas forcément. Il fait de moi une autre nue. Etre une antithèse dans la vie, pour un « je » vous écris en toute quiétude et unité. La magie de l’écriture. La quintessence de notre division. La synthèse des extrêmes. 

Je suis pourtant, un peu comme je vous écris, un peu comme je vis. De trop me raconter toutes les semaines, je n’ai plus envie de faire de moi un récit. L’essentiel je l’écris à cet autre qui m’écoute. A qui je livre mon âme sans complexe, sans crainte qu’il y trouve un reproche. J’y suis pour la faille à refermer. La blessure que je ne vois pas toujours. Je vous laisserai peut-être des indices sur ce qui l’a provoquée. Mais ce n’est pas l’essentiel. On peut mettre un peu de soi en substance sans récit à la première personne. Cette faille, on l’a tous, d’une manière ou d’une autre. Il est à chacun de la placer où il souhaite. De choisir en quoi s’y reconnaître.
Puisque lire, c’est aussi cette beauté-là. On est toujours nu devant un texte. L’acte de lire, c’est à la fois le partage et l’intime. La beauté du paradoxe.


tous droits reservés. extrait de "trois"
par Fanny S. publié dans : textes de création en prose communauté : L'âme du poète
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